Une production ...

Une production Xavier Cuvelier-Roy ®

mercredi 6 mars 2019

Mise en service commerciale, la ligne transatlantique nord


Lancé le 15 juin 1931, CHAMPLAIN prend la mer pour sa première traversée transatlantique prévue pour le 18 juin 1932 ! Ce retard est du aux multiples retards de déblocages de fonds alloués par le gouvernement français. 

Toute mise en service d'un paquebot est précédée d'une phase essentielle, les  essais en mer. Ceux-ci auront lieu les 5 et 6 juin 1932.

Deux revues parues le 18 juin en rendent compte :

SCIENCES & VOYAGES, numéro 668 :




L'ILLUSTRATION, numéro 4659 :




Sous l'autorité du commandant Barthélemy, diverses opérations sont exécutées, à commencer l'essai de vitesse (dépasse les 20 nœuds) : un précieux cliché en porte témoignage :

Source et crédit photo : revue l'Illustration

Traumatisé par l'incendie du GEORGES PHILIPPAR (54 victimes dont Albert Londres), la compagnie imposa des mesures drastiques et un entrainement sévère de l'équipage :
"A la demande d'un passager sans que personne n'ait été provenu, l'alerte fut donnée d'un postée choisi au hasard. En 35 secondes, le personnel du canton des cabines, supposé menacé, était sur le point de feu. Pendant que deux hommes ouvraient le poste de secours voisin et dévidaient dans le couloir deux manches (tuyaux) munies chacun de leurs lances, les autres attaquaient  le feu avec de puissants extincteurs. 2 minutes 10 secondes après, un premier groupe de pompiers pourvus de masques à fumées et équipés pour lutter contre l'incendie accouraient, suivis  à 1 minute 29 secondes par un second groupe [...] donc  4 minutes et 14 secondes plus tard, le personnel spécialisé se trouvait au point de feu
Démonstration du fonctionnement des extincteurs
 Source et crédit photo : revue l'Illustration


Sur le pont supérieur, les matelots ayant en main les leviers de commandes des treuils, se tenaient parés à mettre à l'eau les embarcations.

 Essayage et ajustement des brassières
 Source et crédits photos : revue l'Illustration


Par ailleurs, les aménagements confortables et élégants de ce beau navire de 28.000 tonnes ne manqueront pas d'accentuer le sentiment de sécurité: les coursives sont larges et droites et les nombreux escaliers-mettant en communication les différents ponts assurent le plus aisément du monde la communication"
 Collection personnelle de l'auteur

Enfin, le voyage inaugural le 18 juin 1932 !
Escale à Québec, puis arrivée triomphale à New-York le 25 juin.
A son retour au Havre, CHAMPLAIN bat le record de sa catégorie, 6 jours, 16 heures et... 20 minutes



Départ du Havre :
Source illustration et crédit photo : en cous d'identification

A la veille de son départ, voici le reportage professionnel d'Henry Roulleau ! Il faut compter avec le dithyrambisme de l'époque, et une certaine lourdeur qui rend parfois pénible sa lecture. Mais... c'est le seul texte que j'ai réussi à dénicher qui donne une description aussi précise des intérieurs du paquebot au premier jour de sa commercialisation !



"GRACE A LEUR CONFORT ET A LEUR STYLÉ FRANÇAIS, LES NOUVEAUX PAQUEBOTS DE LA « FRENCH LINE » MAINTIENNENT SUR L'OCÉAN LE PRESTIGE DE NOTRE PAVILLON

LE HAVRE, août 1932. On connaît l'histoire, tirée de l'Exode, où le moabite Balaam, qui s'était promis de maudire Israël, revint de son voyage transfiguré eu prophète "Qu'elles sont belles, tes tentes, ô Jacob et tes demeures, ô Israël Elles sont étendues comme des vallées couvertes d'ombrages, comme des jardins toujours arrosés le long des fleuves, comme des arbres pleins de parfums, que l’Éternel a plantés". 
Or, sans être ni devin, ni disciple des sibylles, il vient de m'arriver semblable aventure. 
Je dois à la vérité de dire que j'étais allé au Havre dans le but de continuer mon enquête sur les constructions navales, avec une idée préconçue. Je sais qu'il faut toujours se défier d'une idée préconçue, mais celle-là hantait mon esprit Et c'est un superbe prospectus, édité par la Compagnie Générale Transatlantique vantant le luxe prodigieux des installations du nouveau paquebot Champlain, de la ligne Le Havre-New-York, qui avait déchaîné toute la série de mes protestations mentales. 
Je pensais, en feuilletant le splendide catalogue, sous couverture fastueuse, magnifiant les précieuses décorations du dernier-né de la « Transat » « En temps de crise, a-t-on jamais eu idée plus saugrenue que celle qui consiste à consacrer des millions et des millions à des aménagements de nabab ? » Et je lisais, en tournant les pages du fameux inventaire  : Grand salon il est conçu dans l'esprit des ensembles du luxe des grands revêtements muraux blanc et or : les sièges sont recouverts de tapisseries aux teintes très adoucies; le plafond est décoré par Rupin. Grande descente avant en bois doré et métal ouvré, sculptures en plein bois; Fumoir tapissé de peaux de porc cousues de deux fils ton sur ton, Bar grande verrière gravée. Salle à manger des enfants : elle est composée de panneaux de marqueterie bleus et roses. Salle de sports aux couleurs olympiques, elle comprend l'appareillage le plus « up to date ». La salle à manger forme une grande cour intérieure en pierre vieux rose, à laquelle on accède par un très large escalier en marbre blanc avec rampe de fer forgé. Une grande pergola éclaire toute la pièce; les bas côtés forment « patio oriental ». Les sièges sont recouverts de tissu rose et vert; les diverses œuvres d'art sont signées Lachenal, Terroir, Daurat, Scores, etc. 
Je me répétais, en fermant le précieux catalogue « A-t-on vraiment besoin d'étaler toute cette magnificence pour traverser la « mare aux harengs » ?

Or, je viens de vivre, sur ce paquebot, en pleine animation, non pas il quai, mais entre ciel et terre. D'abord, j'ai regardé, puis j'ai écouté. enfin, j'ai admiré. 
J'ai admiré, peu après que me furent revenues à la mémoire, comme par enchantement, les émouvantes paroles de M. Rio, devant la Haute-Assemblée, à cette séance du 25 février 1932, à laquelle j'assistais et où se jouait le sort financier de la Transat : « Lorsqu'un bateau anglais quitte New-York, on dit c'est un bateau de la Cunard, ou de la White Star Line. Mais, si c'est un bateau français, on dit c'est un bateau de la French Line. » Je me suis extasié sans réserve, devant les aménagements les plus raffinés, quand je me suis rendu compte que les 700 passagers servis par un personnel d'élite exclusivement français (au total 176 travailleurs de chez nous) étaient presque tous - sauf les tennisman Cochet et Bernard - des Américains. J'ai admiré, en proie même à une violente émotion, riches décorations et machinerie titanesque, en faisant, sur l'heure, ce raisonnement très simpliste, mais combien réconfortant : Si les Américains empruntent la French Line qui, en fait, concurrence leurs lignes nationales, c'est qu'il leur chante de vivre quelques journées et quelques nuits merveilleuses dans l’atmosphère élégante et confortable créée par nos artistes, c'est qu'au départ de New-York, ils savent trouver, sur nos bateaux, un avant-goût de la belle et douce France. Si leurs dollars sont ainsi drainés par la French Line pour un milliard de francs par an se répartissant entre les industries multiples, les commerçants innombrables. les 25.000 gens de mer et ouvriers des chantiers navals, le fisc français, etc. c'est que nos paquebots, comme le jeune Champlain, grâce à leur attrait et à leur sécurité sans cesse contrôlée, tiennent haut et ferme le pavillon tricolore et que le rayonnement de notre génie attire et séduit, par ses conceptions inégalées, les cœurs américains.
Et, puisque ces conceptions toutes luxueuses et opulentes qu'elles soient obtiennent la grande faveur des passagers d'outre-Atlantique. il importe de les maintenir, même de les développer sur les grandes lignes maritimes.
Elles représentent, en effet, les progrès féeriques accomplis par notre science et notre industrie, dans tout les domaines, puisque le paquebot moderne est une ville flottante: elles révèlent aux étrangers les ressources- infinies de notre architecture navale, k» délicatesse des nos artistes et la conscience de nos artisans. Elles rehaussa sent enfin, d'un éclat sans pareil, le prestige de la mère-patrie où furent conçus, construits, lancés, aménagés et d'où partent, chaque semaine, les merveilleux navires à la poupe desquels claque fièrement le pavillon national français".



Pour immortaliser l’événement, la Transat fait réaliser  par Raymond Delamarre, une superbe médaille-souvenir :

      
Collection personnelle de l'auteur


Regrets : Je n'ai pas trouvé à ce jour d'illustrations de l'arrivée de CHAMPLAIN à New-York, avec le traditionnel accueil des bateaux-pompes et remorqueurs... Peut-être qu'un lecteur américain ... ? 
Regrets: I have not found so far illustrations of the arrival of CHAMPLAIN in New York, with the traditional home of the boats-pumps and tugs ... Maybe an American reader ...?

Comme pour la plupart des paquebots de la French-Line, il remporte un grand succès auprès des américains qui apprécient les aménagements soignés, préfigurant ceux de NORMANDIE.

Plaquette promotionnelle américaine. 
Source et crédit photo : french collector line

L'agence de la Compagnie Générale Transatlantique  à New-York :

Source et crédit photo : Frenchline

Et voilà, CHAMPLAIN entame une brillante (mais courte) carrière sur la ligne Atlantique-Nord, qui "redore le blason" de la C.G.T. !